VOTRE PANIER

COMMANDER
Amalfi. 1

AMALFI.

«Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. Le Mépris est l’histoire de ce monde.»

 

Jean-Luc Godard, Le Mépris, scène d’ouverture.

 

Elle se souvenait de cette phrase comme d’une cloche d’une église sonnant chaque heure de chaque jour de chaque été.

 

C’était la même place, avec la même église, les mêmes marches, et le même clocher.

La même fontaine di Sant’Andrea della Valle, avec la même eau et les mêmes visages un peu plus érodés chaque année. La même Pasticceria Pansa, ses mêmes chaises cannées et son même délice au citron. Le même voyage depuis Paris, le même nombre d’heures, le même soleil et la même chaleur.

 

Mais peu importe, ce n’est pas une complainte. Elle aimait retrouver les mêmes choses, les mêmes couleurs et les mêmes odeurs. Retrouver Guiseppe derrière son comptoir, et le citron d’Amalfi, et le port, et le voilier pour aller jusqu’à Capri.

 

Le bateau arrivait près de la jetée, face au tableau tranquille et dramatique d’une nature prête à avaler la ville. Amalfi est une de ces cités de la côte nichée sur le roc, intercalée dans les alcôves aménagées au hasard par la nature légère et tourmentée du Sud de l’Italie. Une architecture écoulée dans la gorge du mont Cerreto jusqu’à la côte et au port. Comme une salive au bord des dents, un crachat d’or jeté dans la mer par les pêcheurs adossés aux murs.  

 

Elle posa son pied sur le bitume et c’était comme si elle foulait l’histoire d’une solitude. La sienne. Déjà allongée sur la plage à succomber au poids du soleil et de ses langueurs. Des bouts de verres plantés dans un pied qui les laissaient lentement s’enfoncer en lui. Une liqueur s’écoulant dans la gorge. Déjà, à 25 ans, elle était hantée par les rêves.

 

Un regard.

 

Il paraitrait que les marins d’Amalfi furent les premiers à utiliser la boussole. C’était l’époque de la République maritime d’Amalfi, de la résistance de la ville aux Sarrasins, aux princes de Palerme et aux rois normands de Naples. Amalfi était alors une aventure glorieuse, un triomphe sur les mers attiré vers l’Orient. Un certain Flavio Gioja d’Amalfi aurait alors fabriqué les premières boussoles connues en Europe, pour un peuple dont la terre était la mer et le port un tonneau d’or.

 

Quelques marins rappellent encore le passé d’une ville ayant fait son testament.

 

29 ans, un pull blousant à manches courtes, de fines rayures blanches et bleues, la main dans la poche et la veine prête à éclater au bras.

 

Il s’appelait Tancrède. Elle s’appelait Chiara. Elle savait qu’à le voir pour la première fois son été allait rire et pleurer. Il ne le savait pas. 

 

 

 

 

Incipit

Chapitre I. L'Arrivée.

Chapitre II. Le Huis-Clos. En écriture...


Chargement en cours ...